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Lionel Soubeyran
Le 16 février 2018
Les associations de médiation et le syndicat professionnel des médiateurs

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Les associations de médiation et le syndicat professionnel des médiateurs

Dans nos entretiens de présentation du syndicat professionnel, la question suivante revient régulièrement : j’appartiens à telle association de médiateurs, pourquoi devrais-je adhérer au syndicat professionnel ? Pour y répondre, nous avons interrogé Lionel Soubeyran, spécialiste du syndicalisme professionnel et co-fondateur du Syndicat Professionnel des Médiateurs SYME.

Quel est selon vous le rôle des associations de médiation en France ?

Les associations de médiateurs jouent depuis plus de 30 ans un rôle structurant fondamental en accueillant les médiateurs, en leur permettant de se former à la médiation et de travailler sur leur pratique, et en favorisant la construction de savoirs sur la médiation. Elles communiquent avec les pouvoirs publics comme avec le grand public, contribuant ainsi à la croissance de l’activité. Nous leur devons la codification des pratiques, la déontologie, les formations, les colloques et congrès, l’émergence de lois relatives à la médiation, la croissance du nombre de médiateurs et de toute l’activité de médiation. Il faut saluer le rôle passé, actuel et futur des associations de médiateurs. Les associations ont permis la promotion du métier de médiateur. D’aucuns pourraient dire des métiers au regard du nombre de spécialités représentées par des associations. Mais je pense qu’il n’y a qu’un métier qui se décline dans tous les domaines de la vie en société.

Mais dans ces conditions, pourquoi un syndicat professionnel ?

Nous avons jusqu'ici parlé des métiers de la médiation. Un métier est une activité définie par ses techniques, savoir-faire et savoir-être. Pour le sociologue Richard Wittorski, « une profession est un métier socialement organisé et reconnu », permettant de gagner sa vie et d’exister dans la société. Aujourd'hui la force des associations de médiateurs est d’être nombreuses, diverses et mobilisées. Mais cette force devient un handicap, dès lors qu’il est difficile de les réunir et de les mettre d’accord sur des normes d’exercice. Elles deviennent alors inaudibles. Dans ce contexte, et dans un souci d’efficience, un certain nombre de médiateurs ont pensé qu’il serait plus pertinent de constituer un syndicat professionnel, ouvert et démocratique, pour représenter et structurer la profession au delà des spécialités, des corporatismes et parfois des chapelles, pour défendre l’ensemble des professionnels, personnes physiques, et pour travailler sur l’identité professionnelle commune des médiateurs. C’est le rôle transversal d’un syndicat professionnel, qui ne remet pas en cause celui des associations. Nous parlons de coopération et de complémentarité ; non de compétition et de concurrence.

Pourquoi la professionnalisation des médiateurs est-elle nécessaire ?

Pour exister, une profession doit démontrer son utilité sociale. C’est fait ! La médiation est régulièrement citée dans des documents officiels et s’affirme aujourd’hui comme un besoin de la société. La justice reconnait qu’elle a tout à gagner au développement de modes alternatifs de règlement des litiges. Les collectivités peuvent difficilement se passer de médiateurs sociaux. Les médiateurs sanitaires commencent à être indispensables à un meilleur fonctionnement des hôpitaux. Leur activité ne peut donc plus être perçue de façon approximative. Les usagers de la médiation doivent désormais savoir à qui ils s’adressent en faisant appel à un médiateur. Enfin un nombre croissant de personnes investit des espoirs, de l’énergie, du temps et de l’argent dans des parcours de formation et d’apprentissage. Il faut que ces parcours les conduisent à une profession viable et rémunérée de façon décente. C’est une étape importante que connaissent toutes les professions d’une certaine importance, après une période pionnière de mise au point. Parmi les plus récentes à l’avoir fait, on peut citer les ostéopathes et psychothérapeutes au début des années 2000.

En quoi consiste cette professionnalisation ?

Il convient d’abord de préciser ce qu’est la profession de médiateur. Chacun reconnait que la posture, la compétence, l’expérience et l’analyse de pratique sont les ingrédients du métier. C’est tout à fait nécessaire, mais cela ne suffit pas. Ecoutons Guy Le Boterf qui, « Partant du constat qu'une personne peut avoir beaucoup de compétences et n'être pas compétente (nous invite à) ne plus penser la compétence seulement en termes de listes d'attributs - savoir, savoir-faire, savoir être, mais en référence au processus qu'un professionnel met en œuvre lorsqu'il agit avec pertinence et compétence en situation. » (1) Les initiatives observées au quotidien partent du particulier (le domaine de médiation considéré) et y restent. Je préconise l’élaboration d’un référentiel-métier générique, le cœur de métier du médiateur, qui saura se décliner dans les différents domaines d’application de la médiation. Ceci suppose de donner en aval les moyens aux médiateurs d’attester qu’ils y répondent, indépendamment de leur parcours personnel, par la mise en place d’une forme d’agrément ou de qualification qui reste à construire. Ainsi les pouvoirs publics sauront quels médiateurs ils désignent dans les textes réglementaires et les usagers à qui ils s’adressent quand ils les sollicitent. Les personnes intéressées par cette activité pourront évaluer dans quelle profession ils s’engagent, ses conditions d’exercice, de rémunération, les compétences à acquérir… Ce travail est considérable, qui demande à prendre en compte tous les champs de médiation, afin de définir une identité professionnelle commune qui les enrichisse tous.

Quelles sont les spécificités d’un syndicat professionnel par rapport à une association ?

L’Association Loi 1901 est une convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun des moyens dans un but autre que de partager des bénéfices (cf art.1). Elle est représentative de ses adhérents et est mandatée pour défendre leurs intérêts directs ou indirects tel qu’ils sont définis par l’objet social. La loi du 21 mars 1884 qui régit les syndicats professionnels a pour objet, comme son nom l’indique, l’étude et la défense des intérêts d’une profession. Elle est intégrée au code du travail (Articles L2131-1 et suivants), et est ainsi légitime pour représenter cette profession auprès des pouvoirs publics. En d’autres termes, en France, lorsqu'un syndicat professionnel obtient une avancée, elle bénéficie à toute la profession et non pas seulement à ses adhérents. Bien entendu, la crédibilité et donc l’écoute dont bénéficiera le syndicat professionnel, reste fonction de sa représentativité, donc du nombre de professionnels qui estiment utile d’y adhérer.

Référence

1. Construire les compétences individuelles et collectives, Guy Le Boterf, Eyrolles, 2015

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