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Jean-François Pellerin
Le 23 mars 2018
Définir notre identité professionnelle de médiateurs

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Définir notre identité professionnelle de médiateurs

La médiation et les médiateurs apparaissent désormais dans de nombreux sujets d’actualité, que ce soit à propos de la vie des entreprises ou de celle de la famille, mais aussi dans les relations internationales, dans les banques et le crédit, l'information et les communications, les collectivités locales, les universités, les transports, les prestations sociales, même dans le domaine culturel... Les médiateurs peuvent se réjouir de l’éclairage porté sur leurs activités, même s’ils redoutent que la polysémie du mot de médiation ne soit une source de malentendus.

Complémentairement, il semble à présent nécessaire de réfléchir aussi à la confiance des usagers ou des prescripteurs vis à vis des médiateurs. Incontestablement, le domaine familial bénéficie d’un niveau de confiance satisfaisant, lié à l'existence d'un diplôme d'état et à une certaine institutionnalisation. Dans tous les autres domaines, en revanche, de l'inquiétude se manifeste. JB. Jacquin estimait dans Le Monde (17/10/2017) que « tout le monde peut se déclarer médiateur », puis plus récemment (06/03/2018) – à propos des listes de médiateurs dans les cours d’appel – que « la loi ne définit ni ce qu’est un médiateur ni les conditions pour figurer sur ces listes… ». Sur le site de Radio-France, à propos de sa nomination comme médiateur en 2015, Dominique-Jean Chertier soulignait « L’intervention d'un médiateur est prévue dans le Code du travail pour tous les conflits collectifs. Mais en dehors de ce cadre très large prévue par la loi, il n'y pas d'autres règles précises qui délimitent l'intervention d'un médiateur... »

Alors, comment nos usagers peuvent-ils opter pour la médiation, s'ils n'accordent pas une confiance suffisante à des professionnels pour offrir un service de qualité à un prix abordable ? De même, comment imaginer que les pouvoirs publics puissent mettre en place des politiques favorables à la médiation, s’ils ne peuvent préciser qui sont les professionnels dont ils favorisent les actions, et ce que ces professionnels ont à offrir. Pour que la médiation devienne une activité régulière et décemment rémunérée, tant la confiance des usagers que des politiques favorables sont indispensables. Il faut donc faire l’effort de définir l’identité professionnelle du médiateur, préciser son cadre d'engagement, ses obligations et les garanties qu’il fournit.

Faute de disposer d’une identité validée par les médiateurs eux-mêmes, les pouvoirs publics ont pu être amenés à proposer les définitions qui leur semblaient appropriées. C’est encore le cas actuellement avec l’établissement des listes de médiateurs dans les Cours d’Appel. Pour désigner les médiateurs sur ses listes, la Justice établit des questionnaires à destination des médiateurs. Le traitement de ces questionnaires sera suivi par un magistrat dans chaque cour d’appel. La bonne volonté de ces magistrats ne fait aucun doute, mais leurs critères sont-ils homogènes ? En tous cas, leur travail serait bien allégé si une organisation des médiateurs pouvait fournir en toute transparence des listes conformes à leurs attentes.

La constitution de ces listes révèle une autre singularité : pour les médiateurs qui appartiennent aux professions réglementées (avocats, notaires et huissiers), ce sont ces professions qui sont chargées de définir elles-mêmes ce qu’elles entendent par médiateur. Et chacune de proposer sa propre définition, logiquement selon sa propre sensibilité...

Au Syndicat professionnel des médiateurs, nous pensons que seuls les médiateurs peuvent proposer, porter et contrôler leur identité professionnelle. Il n’y a pas lieu que cette tâche soit déléguée. Le syndicat professionnel des médiateurs propose aujourd’hui d'engager ce travail, de façon ouverte et démocratique, et invite toutes les bonnes volontés à rejoindre cette démarche.

Si le travail est fait avec rigueur et sérieux, gageons qu’il emportera l’adhésion de tous les médiateurs. Ils comprendront facilement que la confiance que nous devons susciter de la part des usagers et des prescripteurs de médiation est essentielle pour le développement de notre activité, et que cette confiance passe par la clarification de notre identité professionnelle.

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