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L’étymologie au service de la compréhension des mots de la médiation

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L’étymologie au service de la compréhension des mots de la médiation

Aux lectrices et lecteurs ayant assisté (ou non) à mes interventions du 15 juin 2018 aux Etats Généraux de la Médiation

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Je ne vous ferai pas l’affront de penser que le terme de médiation que vous employez depuis longtemps et qui désigne votre métier (profession, passion ou hobby) vous est inconnu mais je désire porter un regard étymologico – historico sémantique sur le terme tant je suis persuadé que les mots traversent le temps en se nourrissant de l’Histoire et aussi de nos histoires…

L’objectif de ce travail est de montrer que la médiation qui est souvent perçue comme une science encore neuve est l’aboutissement de synergies linguistiques et scientifiques très anciennes qui prouvent à la fois son actualité contemporaine et son ancrage ancestral dans l’humain.

Un peu de sémantique diachronique : Remonter aux origines des mots via l’étymologie :  un vrai travail de « traqueur des mots » : suivre une piste et mesurer trace après trace la présence du terme et son évolution car bien des richesses du présent sont issues du passé … En effet, nos professions sont innervées par le « passé » qui les colore, préparent un « futur » dont on ne sait ce qu’il sera et ce que vous lisez appartient au « présent » (qui comme son nom l’indique est un « cadeau »)

D’où vient donc le terme : « médiateur » ?

Il est aisé, courant, facile et même un peu « léger » de découvrir qu’il remonte au latin classique « médius » dont dérive « médiator » = « entremetteur », « intercesseur » qui prend ensuite en ancien français dès le XIIème siècle le sens de « division » qu’il gardera en géométrie, puis au XVIème siècle apparait le sens « d’entreprise destinée à concilier » qui nous est plus proche. C’est vrai mais le mot mérite d’être infiniment plus fouillé pour découvrir toute sa complexité.

Il est infiniment plus productif de remonter à une origine bien plus ancienne : la racine pré indo européenne « med » et sans doute même à Sumer sous la forme « mid » ou « med » soit il y 5000 ans… comme l’a judicieusement rappelé Jacqueline Morineau durant les Etats Généraux.

Bien plus tard cette racine indo européenne a le sens est « penser » « réfléchir », « aider au diagnostic pour résoudre », elle va nous guider et nous accompagner dans un voyage à travers le temps (dès 600 ans avant JC), l’espace (le monde entier excepté les Amériques) et même la mythologie (grecque et latine)

Cette racine en outre va donner deux filiations qui sont identifiées, complémentaires et interactives :

  • « médecin » et « remède »
  • « médiateur » et « remédier »

Ainsi il est clair dès à présent que « médiateur » et « médecin » ont une racine commune qui à la fois les distingue mais aussi les rapproche

Un voyage à travers le temps :

Plus « savant » mais sans devenir pédant, on peut puiser dans la richesse des chercheurs linguistes et historiens du langage… Cette racine "med", le "medomai" grec, qui signifie « prendre soin, soigner » est repérée par  Emile Benveniste (linguiste mort en 1976) qui remarque qu’elle est diffusée dans les langues Indo Européennes parce qu'elle couvre tout un ensemble d'activités, de la « pensée » à la « médecine » en allant jusqu’à la « loi ». Ainsi l'activité induite par la racine « med » n'est pas un seulement un mode général de pensée mais bien plus, elle représente un acte décisif et conscient utilisé afin de résoudre un problème particulier, elle lie en effet médiation, médecine et droit.

Un peu de sanscrit, de  grec, d’histoire et de mythologie :

Le verbe grec "médomai" provient du sanscrit « mêth » = « comprendre », « concevoir » « prendre soin de » qui donnera le latin « medeor » = « soigner », au sens de « être bon comme un remède pour soigner » à travers le grec « mèdôs » ("μηδος") = « le soin », « le conseil » et "médos" ("μεδος") = « soigner ».

Pierre Chantraine (helléniste mort en 1974) indique sa présence dans « Médée » qui dans la mythologie Grecque est "Médeia", "Μηδεια", fille du roi de Cholchise Aeètes, « magicienne réfléchie », elle aidera son époux Jason pour la quête de la toison d’or (sa quête de la vérité, du dépassement des passions nous rapproche de notre métier de médiateur). « Magicienne du verbe » ce qui résonne aussi en médiation, elle utilisait des « médéla » = « remèdes » nommés alors « pierres précieuses ».

Racine identique pour « Clytemnestre », "Klutaimnestra" ("κλυται μνηστρα") issu du  grec "Klutos" ("κλυτος")  = « la renommée », et de "Medomai » ("μηδομαι") = « combiner en vue de guérir ». Ainsi, au sens étymologique, Clytemnestre est « celle qui se souvient", celle "qui trame en accordant les ingrédients aptes à guérir » elle est donc une médiatrice à notre sens même si les tragédiens n’ont retenu d’elle que son aspect de « trameuse de complot » pour venger sa fille Iphigénie

Un peu de latin :

La racine latine « medicus » signifie « médecin ». À l’origine, cette racine « med » exprime l’idée de mesure et d’ordre. On la retrouve dans des mots comme « modérer », « module » mais aussi « méditer ». Le médecin comme le médiateur est donc un homme (ou une femme mais l’histoire est souvent bien machiste) mesuré et sage (voir le serment d’Hippocrate), un homme de mesures (chiffres et calculs) qui prend les mesures qu’il faut pour guérir son patient.

Un peu d’histoire romaine nous permet de comprendre les changements de sens : le 11 octobre à Rome on fêtait les vendanges « la Méditrinalia » (du nom de la fille d’Esculape, Dieu de la médecine, d’où cette racine « med » dans son prénom). Durant cette fête il était d’usage de mélanger du vin nouveau à l’ancien ce qui avait des propriétés curatives. Ainsi pour les romains en matière d’œnologie comme pour nous en matière de relation humaine et de médiation : « mélanger » et « communiquer » présentent des propriétés curatives.

Cette racine latine « medicus » est prolifique se retrouve dans les mots : médecin, médical, médicament, médication, mais aussi dans remède, remédier, irrémédiable, et dans le monde qui nous préoccupe aujourd’hui: médiation, médiatrice, médiateur

Un peu d’histoire plus proche de nous :

On trouve trace du mot « médiateur »  dès 1265, une fonction attribuée à Jésus, emprunt du bas latin « médiator », dérivé de « mediare », lui-même issu de « médius » = « médiatrice ». En 1355 le sens actuel se précise en se laïcisant « Personne qui s’entremet pour effectuer un accord entre deux ou plusieurs personnes, deux ou plusieurs parties ». Le terme « médiation » apparaît lui aussi en fin du XIIème siècle de « médiatio » même étymon que le précédent mais avec le sens de « division ». Durant toute la période de  l’ancien français le mot garde le sens de « division » jusqu’au XIIIème siècle (sens qui subsiste en géométrie « perpendiculaire à un segment de droite en son milieu »).

Le mot prend plus tard, au XIVème la valeur moderne de « entremise destinée à concilier des personnes » d’abord en religion (relation entre l’homme et Dieu) attesté en 1541 puis en Droit et diplomatie, attesté en 1878 au sens laïc.

Plus proche de nous encore le mot « médiation » apparait en 1685 dans le Dictionnaire Général de César de Rochefort puis dans le Dictionnaire Universel de Furetière (édition1690) et s’impose dans l'Encyclopédie Française de 1694 pour désigner « une intervention humaine entre deux parties ». On le note en 1972 « Personnalité indépendante chargée de trouver des solutions aux désaccords entre les particuliers et l’Administration, lorsque tous les recours gracieux on échoué » Traduction du suédois « ombudsman ».

A noter que sous l’influence du mot « média », le terme s’élargit et est attribué à une « personne chargée d’examiner les divergences entre un média et ses lecteurs »

Un voyage à travers le monde :

Le mot « médiation » est utilisé par les Romains, notamment pour le mot « méditerranée » par association d'idées avec une contrée disparue, la « Médie » (partie de l’ancienne Perse devenu l'Iran).

En Gaule celtique le « mediolanon » désignait le centre d'un territoire ce qui fonde l’hypothèse d’une origine commune celtique / pré indoeuropéen. On la retrouve dans bien des toponymes via la racine « medi » dont par exemple « Mediolanum » (Milan), « Madiolanum Santorum » (Saintes), Médeon (Ville de Béotie)

Cette racine à l’aire d’emploi extrêmement étendue peut être « traquée » dans bien des langues  et nous fait voyager dans l’espace comme nous venons de le faire dans le temps. Après Sumer, Médie, Grèce, Rome nous retrouvons le mot :

  • En irlandais ancien « midiur » = « je pense »,
  • En arménien « mit » qui dérive du grec « médomai » = « pensée réfléchie »,
  • En gothique « miton » = « raisonnable »
  • En italique « meddiss » = « celui qui dit le droit »
  • En ombrien « mers » = « droit »

Un voyage à travers les sciences :

La médiation est réellement épistémologique en ce sens qu’elle croise et lie des sciences différentes, comme les grandes orgues font harmonie en faisant résonner (raisonner ?) ensemble des sons émis par des tubes différents Le terme existe dans diverses sciences : sociologie (c’est dans ce cadre que nos l’employons) mais aussi en théologie, médecine, physiologie, didactique, biologie, astrologie, musique, droit du travail et philosophie…

  • En biologie « Production (par une cellule) d’un médiateur chimique »
  • En théologie « Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et l’homme » 1265
  • En astrologie « Culmination d’un astre » 1691
  • En musique « Pause au milieu d’un verset de plain-chant » 1701
  • En didactique « Ce qui sert d’intermédiaire » Max Weber l’emploie dans l’esprit christique du « médiateur » de 1265 « L’importance de la médiation religieuse »
  • En droit du travail «  Procédure instituée pour régler à l’amiable les conflits collectif du travail »
  • En médecine et physiologie : « qui intervient entre deux structures nerveuses ». La médecine latine déjà utilise  le mot « medulla » qui  désigne le centre, la moelle, utilisé par dans « insuffisance médullaire » ou « medulla oblongata », relatif au système nerveux central.
  • Mais aussi en philosophie chez Hegel et Marx : « Processus créateur par lequel on passe d’un état initial à un terme final ».

Il est clair que l’acception philosophique ouvre la porte au sens sociologique qui est le plus usuel aujourd’hui, fixé en 1561 « Entremise destinée à mettre d’accord, à concilier ou réconcilier des personnes » et plus généralement « Pratique de l’analyse des conflits et de la construction de solutions, de compromis ».

Champ sémantique, idées suggérées par le mot :

Médiation : Arbitrage, conciliation, entremise, intermédiaire, intervention, amodiation, bons offices (aucun n’est un synonyme car il faut retenir que les synonymes sont une imposture puisque la langue est soumise à la loi de Darwin qui dans le langage comme dans l’évolution suppose que si deux entités ou notions sont identiques l’une ou l’autre disparaît, s’il reste deux termes c’est qu’une différence existe soit chez l’émetteur ou le récepteur)

Médiateur : Entremetteur, intermédiaire, intercesseur, interprète, modérateur, négociateur, ombudsman, réconciliateur, régulateur

On peut ainsi noter car cela est prouvé par cet itinéraire étymologique les proximités de vue, de méthode et de visée éthique entre la médiation et la médecine comme avec une foultitude de sciences dont elle se nourrit et qu’elle enrichit…

A l’issue de cette recherche étymologico – historico – sémantique, on peut maintenant affirmer que la « médiation » nous permet de nous promener dans ce que je nomme la paléo linguistique : remonter à Sumer, aux racines pré indo européennes, faire un voyage en Mésopotamie, en Grèce ancienne avec des personnages mythiques Médée et Clytemnestre, un circuit d’Arménie à l’Irlande en gardant nos racines latines et mesurer que le rôle fantastique de ce qui ce joue en médiation couvre :

  • « Le relationnel » car le médiateur est « celui qui entend et comprend »
  • « Le réfléchi » car le médiateur est « celui possède une pensée réfléchie »
  • « Le raisonnable » car le médiateur est « celui qui porte la raison »
  • « L’intellectuel » car le médiateur est « celui qui pense »
  • « L’ingénierie » car le médiateur est « celui qui comprend et conçoit »
  • « Le curatif » car le médiateur est « celui qui soigne »
  • « Le juridique » car le médiateur est « celui qui dit le droit »
  • « La mémoire » car le médiateur est « celui qui se souvient »
  • « L’alchimie » car le médiateur est « celui qui combine en vue de guérir »
  • « Le guide » car le médiateur est « celui qui montre la voie »

Et « on » oserait dire que la médiation n’est pas une profession qui mérite d’être connue, reconnue, proposée, diffusée, validée et légitimement rémunérée à la hauteur de la pluralité de ses richesses et conséquences !

Olivier BERNARD

Juin 2018

Site : olivierbernard-adc.jimdo.com

06.64.14.50.53

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Photo credit: R E M I B R I D O T on Visualhunt / CC BY-NC-SA

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